PAÏEN au Salon de Montrouge.

Marie Chênel

Lia Pradal et Camille Tallent, Numen, 2018, vue de l’exposition, 63ème Salon de Montrouge, Le Beffroi, Montrouge

Être païen, c’est d’abord trouver du plaisir à voir la lumière»1 , écrit Barbara Cassin. On ne saurait formuler meilleure ouverture à la pratique élaborée de concert depuis trois années par Camille Tallent et Lia Pradal.
Sous l’entité PAÏEN, ils explorent l’image et le livre d’artiste, réfléchissent l’imprimé sous toutes ses formes et possibilités. De leur rencontre est d’abord né un fanzine, dont ils ont conservé le titre aux syllabes divines pour baptiser leur duo.
Articulez «Pa-ïen» et c’est tout un monde qui explose, une obscure étendue d’encre déchirée de lumière blanche où se mêlent fragments de paysages sauvages et poses extatiques, églises carbonisées et riffs métalliques. Camille Tallent se souvient de sa fascination, alors qu’il était étudiant en histoire de l’art, pour les reproductions de peintures votives de piètre qualité, parfois étoilées des défauts de leurs supports obsolètes. Lia Pradal affinait depuis plusieurs années déjà son goût pour la photographie. Ensemble, ils conjuguent leurs obsessions à coups de recadrage et mise en page d’images aux origines mêlées, qu’une technique de reproduction analogique viendra bientôt noircir, frénétiquement.
S’ils s’attachent de plus en plus à créer et perturber leurs propres images, ils ont aussi pour habitude de composer avec celles d’artistes invités ou à partir d’archives relevant de divers registres - artistique, médiatique, vernaculaire. L’iconographie religieuse et le détournement de certains de ses codes par le black metal, la force mystérieuse de la nature et la sensualité des corps, sont quelques-uns de leurs intérêts marqués.
Auto-éditeurs n’obéissant à aucune ligne, ils réalisent leurs objets imprimés en très peu d’exemplaires et les diffusent de manière ciblée. Attentifs au flux des images comme à leur matérialité, ils les poursuivent désormais en volume, tel projet d’édition donnant naissance ou excroissance à une installation, à une sculpture ou à une performance filmée.

Texte de Marie Chênel publié dans le catalogue du 63ème Salon de Montrouge, Le Beffroi, Montrouge, 2018

Auteur·e

Marie Chênel a construit un parcours liant expériences en institution et missions en indépendante dans les champs de la direction éditoriale, de la critique d’art, du commissariat d’expositions et de l’enseignement. Elle dirige depuis janvier 2026 le Pôle création et ressources professionnelles du Cnap - Centre national des arts plastiques, qui réunit les services dédiés aux soutiens à la création, aux acquisitions et aux commandes, ainsi qu’aux ressources professionnelles. Elle était précédemment directrice de DCA – Association française de développement des centres d’art contemporain, un réseau national de référence fédérant les centres d’art contemporain au service de l’accès à la culture et à la création. Régulièrement invitée à intervenir au sein de commissions et de jurys, elle est par ailleurs médiatrice-relais de l’action Nouveaux commanditaires en Île-de-France, membre du conseil d’administration du centre d’art et de recherche Bétonsalon (Paris) et présidente de l’association ARC, dont la création acte le rapprochement de plusieurs acteurs artistiques (Ravisisus Textor, Terrains communs et le Centre Socioculturel de la Baratte) de sa ville d’origine, Nevers.

Notes

  1. Barbara Cassin, L’Archipel des idées, Éditions de la Maison des Sciences de l’Homme, 2017, p. 88.