Patience (Chirologies)

2025-2026

Installation et performance
32 dessins au graphite sur papier, aimants, aiguilles d’acupuncture, acier et socle, 340 x 220 x 20 cm
Accompagnés d’une activation performative co-écrite avec Sylvanie Tendron, 35 min

Patience (Chirologies) est une installation composée de trente-deux dessins sur papier représentant des signes gestuels prélevés sur différentes peintures religieuses et mythologiques de la collection du Musée Fabre. Aimantés sur des plaques d’acier selon une grille régulière, ces signes prennent la forme d’une partition chorégraphique et musicale, où chaque planche devient une note suspendue, un fragment d’un langage qui précède la parole. L’installation s’inspire de Chirologia (1644) de John Bulwer, médecin et écrivain anglais du XVIIᵉ siècle, connu pour ses travaux sur la communication non-verbale et les sens humains, défenseur de l’éducation des personnes Sourdes, qui considérait la main comme un organe capable de « parler toutes les langues ».

Ces dessins nouent une correspondance avec l’histoire académique du Musée Fabre et des Beaux-Arts : l’étude du modèle vivant et la codification des corps et postures dans la peinture classique nourrissent le choix, la figuration et l’organisation des positions. Ce lien est renforcé par la figure du peintre Sourd montpelliérain Frédéric Peyson (1807-1877), qui a étudié au musée et y a légué une part importante de ses œuvres. L’installation offre une lecture renouvelée de la collection, questionnant comment le geste dans la peinture peut transmettre mythes et savoirs et participe ainsi à une mémoire collective de la représentation des corps.

La performance, co-écrite avec Sylvanie Tendron et Geoffrey Badel, artistes Sourd·es et entendant·es, est une activation de cette partition : chaque dessin est traduit en mouvement, pose ou expression. L’index tendu, les gestes indicatifs, les regards et les postures se transforment en vecteurs de sens et de direction, évoquant les dii indigiti, ces « dieux indésignés » qu’il était interdit de nommer ou de pointer du doigt dans les premiers rites romains archaïques.

À travers cette rencontre et ce dialogue entre corps entendant et corps Sourd, les dessins deviennent musique et grammaire visuo-gestuelle, impliquant le spectateur afin d’expérimenter la tension entre montrer et retenir, entre crypter et déchiffrer. La performance s’apparente à un théâtre du quotidien, où les mains n’ont pas pour fonction de saisir, mais deviennent image, code, médium et passage, offrant une expérience sensorielle où le langage propre de la main parle à sa manière et se déploie au-delà des mots.

© Adagp, Paris

Patience (Chirologies), 2025-2026, installation, vue de l’exposition collective L’École des beaux-arts de Montpellier : une histoire singulière, 2026, Musée Fabre, Montpellier

Patience (Chirologies), 2025-2026, dessins au graphite sur papier, 29,7 x 40 cm chacun