Chironoïs

2025 - en cours

Série de céramiques biscuitées et grès chamotté
Dimensions variables

Production Échangeur²², Saint-Laurent-des-Arbres et La Chartreuse - Centre national des écritures du spectacle, Villeneuve-lez-Avignon

La série des Chironoïs déploie un ensemble de céramiques sous l’apparence de figurines énigmatiques, façonnées à l’échelle de la main. Leur nom, issu du grec cheir (la main) et d’une racine évoquant la pensée, les définit comme des « pensées-mains » : des formes à la fois mentales et incarnées, surgissant de la matière comme des réminiscences enfouies.

Ces êtres asexués présentent une morphologie particulière : des mains prennent la place de la tête comme des pieds, brouillant les repères habituels du corps. Modelés au creux de la paume puis produits en série, ils conservent dans leur échelle et leur texture la mémoire du geste qui les a fait naître. Leur surface, à la fois rugueuse et contenue, suggère une présence tangible, presque prête au contact.

Elles s’inscrivent dans la lignée des créatures imaginaires médiévales, tels les blemmys (êtres sans tête, au visage dans la poitrine) ou les sciapodes (êtres à une seule jambe, au pied géant servant de parasol), provenant des peuples dits « merveilleux » ou « marginaux » censés habiter les confins du monde connu. Peuplant les marges des manuscrits, ces figures incarnaient l’altérité, le déplacement des sens et des repères corporels, mais aussi les indices du surnaturel qui animaient l’imaginaire collectif.

Les Chironoïs semblent animés par une vie latente. Leurs silhouettes condensent une tension entre multiplicité et singularité : bien que produits en série, chacun paraît porter une variation subtile, comme autant de manifestations d’une même entité diffuse. Ils apparaissent ainsi comme une communauté silencieuse, dont les relations, hiérarchiques, généalogiques ou symboliques, demeurent ouvertes.

Entre présence fragile et pouvoir de désignation, les Chironoïs instaurent un rapport direct au regardeur. Par leurs formes orientées, parfois indicatrices, ils semblent désigner, montrer, voire orienter l’attention. Figures liminaires, elles occupent un espace intermédiaire entre l’objet et le signe, entre le corps et la pensée.

© Adagp, Paris